Prochaine rencontre Fidesco le 25/06 à Paris

Se forger un cœur de pauvre

Par Thibault et Pauline | Madagascar
Belle histoire à Madagascar

Fianarantsoa

Confrontés à la pauvreté, on ne sait plus où donner de la tête… et du cœur

Nous sommes venus ici pour donner de nous-mêmes aux plus pauvres. La pauvreté que nous partions rencontrer, nous lui avons donné ce regard inquiet, mais aussi profondément humain qu’on a tous croisé dans un reportage de Paris Match. Nous lui avons encore donné ce sourire de brochure d’ONG, celui d’un enfant issu de la multitude des nécessiteux, mais dont rien n’entame la gaîté. Peut-être saisis d’un vertige devant cet océan de misère qui nous attendait, ou peut-être aussi enthousiasmés par l’aventure missionnaire, ce chaudron de charité dans lequel on avait hâte de nous jeter, nous avons projeté notre mission en lui associant tous ces attributs de la pauvreté visible, évidente, ceux qui rendent « valide » le qualificatif de misérable et qui autorisent qu’on y soit sensible.

Venir à Madagascar, dans un des 5 pays les plus pauvres du monde selon le FMI, ne devait pas manquer de bouleverser nos cœurs, et nous étions prêts, pensions-nous ! Mais si la tête était disposée, peut-être nos cœurs n’étaient-ils pas encore disponibles !

Belle histoire à Madagascar

Se détacher de nos projections, servir la pauvreté invisible

Voilà donc qu’après 3 mois et demi à Fianarantsoa, nous mesurons ce qui nous sépare de ces projections d’avant le départ.

Certes, nous la côtoyons cette pauvreté qui retourne le cœur. Elle ne peut se soustraire à notre regard. On les croise partout ces enfants de la cour des miracles, habillés de ces guenilles, dont il est impossible de deviner la couleur originelle, les dents mangées par les caries et les chevelures rousses, autant de symptômes des nombreuses carences dont leur corps souffre. Tous viennent nous demander de l’argent, un morceau de pain, un œuf ; à chaque fois que nous les croisons : leur royaume est entre la rue et le trottoir, dans le caniveau où ils peuvent encore faire le tri dans les déchets ultimes de la ville.

Oui, les statistiques glanées à droite à gauche confirment le constat désastreux d’un peuple éprouvé : 40% de la population actuelle a manqué de l’essentiel dans son enfance, au point d’entraîner des retards de croissance ; l’espérance de vie diminue, le niveau moyen d’instruction également, les réseaux d’infrastructures collectives s’affaissent et même la classe moyenne que nous fréquentons (la majorité des salariés du Vozama) vit d’un salaire inférieur à 2€ par jour.

Mais concrètement, nos activités quotidiennes nous laissent en marge de cette pauvreté visible. Même les enfants de la brousse qui sont les bénéficiaires du Vozama, nous ne sommes pas en contact direct avec eux chaque matin ! C’est un peu frustrant parfois, mais en toute logique, c’est un principe-clé de cette coopération pour le développement qui mobilise d’abord des compétences et non pas seulement de bonnes intentions. Notre mission est ailleurs.

Se forger un cœur de pauvre

Apprivoiser nos propres pauvretés

Soyons honnêtes, la première des pauvretés qui nous indispose, c’est d’abord la nôtre. Une certaine aridité du quotidien, sans distraction ni réconfort affectif de nos amis et de nos familles, un rythme de travail soutenu avec des moyens réels limités, des orientations et une méthode qui parfois nous surprennent, mais auxquelles nous devons nous soumettre avec docilité et bienveillance, pour peu de reconnaissance manifeste. Une solitude extérieure qui nous invite à creuser à l’intérieur, et à porter un regard en vérité sur ce qui nous meut comme sur ceux qui nous entourent : rendre visible à nos yeux ces pauvretés qui habitent chacun, dans le secret de sa maison ou de son cœur. Puisque nous sommes envoyés ici, c’est ici que doit s’incarner notre service des pauvres. Un service des pauvres par d’autres pauvres, nous-mêmes. 

Guidés par cette confiance, nous remettons profondément en question, non pas nos intentions, mais notre regard. Cette aridité subie nous apparaît aujourd’hui comme une parenthèse bienvenue pour nous délester de ces projections. Cette vulnérabilité inattendue est parfois douloureuse, mais peut-être nous permet-elle de rejoindre la condition de ceux que nous venons rencontrer. 

Se forger un coeur de pauvre

Podcast

Nos anciens volontaires replongent dans leurs souvenirs le temps d’un épisode de podcast à écouter au fond d’un canapé, dans les transports, en cuisine ou ailleurs… À cœur ouvert, ils témoignent de leur mission professionnelle à l’autre bout du monde. Ils vous livrent leurs joies, leurs difficultés mais aussi leurs enseignements. En bref, ils vous racontent tout sur la mission !

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