Quand la mission nous apprend à être plutôt qu’à faire

Par Alix et Enguerrand

Enguerrand et Alix en mission à Placetas à Cuba.

PLACETAS - CUBA

Santovenia

Enguerrand étant reparti en France pour le mariage de son frère, en ayant pris soin de déposer sa femme « au couvent », je me suis donc retrouvée… à Santovenia. Une semaine que j’imaginais de retraite au service des petits vieux que j’affectionne particulièrement. Santovenia est un lieu singulier : un ancien palais espagnol devenu maison de retraite, où se croisent aujourd’hui de vieux communistes et de vieilles bigotes, sous l’oeil bienveillant des religieuses. J’y ai posé mes valises une semaine, le coeur plein de bonnes intentions. Dès mon arrivée, la mère supérieure m’a prévenue sans détour : pas d’offices pour moi, « réservés aux soeurs », mais on me laisserait volontiers des travaux de balayage.

Me voilà donc, chaque matin à 5h, balayant consciencieusement l’immense entrée du bâtiment, sous le regard amusé du personnel et des mamás cubaines qui m’expliquent de quelle manière une Cubaine tient sa serpillière… et que je fais absolument n’importe quoi ! Vers 8h, je filais à la messe et mes paupières se faisaient déjà lourdes. Je partais ensuite chercher des petits boulots pour aider les soeurs : à la laverie, en cuisine, auprès des petits vieux, à servir les repas, à coucher les pensionnaires… Je passais le reste de mon temps à papoter gentiment avec mes nouvelles copines centenaires, à faire des tournois de dominos ou à écouter les poèmes d’un petit grand-père. Je peinais à faire deux mètres sans me faire harponner par une anecdote ou un mot doux. À 18h, tout le monde au lit. Je ne tardais pas à suivre, effondrée de fatigue. Une semaine passa ainsi rapidement, pleine de jolies découvertes et de petites grâces. Le mercredi suivant, je retrouvais déjà Enguerrand.

Enguerrand et Alix en mission à Placetas à Cuba.

Virgen de la Caridad del Cobre

À Cuba, il est une date que nul ne peut ignorer : le 8 septembre, quand la Vierge de la Caridad del Cobre, Patronne de Cuba, se fait proche de son peuple. Neuf jours durant, les paroisses de nos missions vivent au rythme des veillées et des confessions. Dans les rues, des groupes de mission sont envoyés, maison après maison, pour inviter chacun à la fête. Partout dans les maisons, la Vierge est présente, en médaille, en statuette ou en image. Et pour ceux qui ne peuvent se déplacer, leurs prières montent avec les nôtres, unis dans cette grande fête pour le pays. Puis vient le jour tant attendu. Les églises, couvertes de fleurs, bruissent des chants préparés depuis des semaines. La statue de la Caridad sort enfin, portée à bout de bras, et c’est tout un peuple qui se met en marche. Les rues deviennent procession : familles, enfants, vieillards, croyants fervents ou simples curieux, tous avancent derrière Elle. Même ceux qui n’entrent jamais à l’église s’inclinent au passage. Car ici, la dévotion n’est pas affaire de frontière : Elle est Mère pour tous, catholiques ou non. Nous-mêmes, venus d’ailleurs, restons saisis. La Vierge de la Caridad del Cobre habite les prières et les espérances des Cubains, accompagne leur histoire marquée de blessures et de luttes. En marchant derrière Elle, nous sentons la ferveur d’un peuple abîmé, à bout de souffle, mais qui élève à la Vierge ses prières avec une espérance inébranlable, certain qu’Elle peut tout. Oui, la Caridad veille sur Cuba, et dans son sillage lumineux, nous confions avec eux l’avenir de cette île au coeur immense.

Alix en mission à Placetas à Cuba. Elle joue au Mölky avec les Cubains.

Dimension spirituelle – Dieu dans l’ordinaire de la mission

Dix mois déjà que nous marchons sur cette terre cubaine. Dix mois de soleil, de rencontres, de lenteur, de pauvreté, mais aussi de foi simple et de joie profonde. Avec le temps, la mission perd un peu de sa nouveauté… mais elle gagne en profondeur. Dieu, Lui, ne cesse de nous y rejoindre, souvent là où nous ne l’attendions pas. Au début, nous voulions beaucoup faire. Aujourd’hui, nous apprenons peu à peu à être. Être présents, être disponibles, être à l’écoute. Nous découvrons que la fécondité de la mission n’est pas dans nos réussites visibles, mais dans la fidélité à ce que Dieu nous confie chaque jour, aussi humble que cela paraisse. « Ce que le Seigneur attend de toi : rien d’autre que d’agir avec justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu. » (Mi 6,8) C’est souvent dans les moments où nous avons l’impression d’avancer à petits pas que le Seigneur nous façonne. Il nous apprend la patience, la confiance et l’abandon. Il nous invite à Le chercher dans la simplicité d’un sourire, d’un merci, d’un geste partagé. Nous réalisons peu à peu que la sainteté se vit dans les choses ordinaires, dans la manière d’aimer ici et maintenant. Parfois, nous doutons, bien sûr. Nous nous demandons : « À quoi servons-nous vraiment ici ? » « Seigneur, tu scrutes et tu sais… Tu m’entoures par derrière et par devant, tu mets sur moi ta main. » (Ps 138) Oui, Dieu est là, dans chaque pierre soulevée, dans chaque sourire offert, dans chaque prière murmurée. Et si nous doutons parfois de notre utilité, nous savons que ce peu que nous offrons, Dieu le transforme en trésor. Alors nous nous rappelons que la mission n’est pas d’abord notre œuvre, mais la Sienne. Nous sommes seulement les instruments, les témoins, parfois fatigués mais toujours aimés. Notre mission n’est pas de réussir, mais de rayonner la paix du Christ, d’aimer sans attendre en retour, de semer dans la foi, même sans voir le fruit. Et souvent, c’est dans ces moments de don gratuit que nous expérimentons la plus grande joie : celle de voir Dieu agir à travers nos fragilités. Aujourd’hui, nous comprenons un peu mieux que la mission est une école d’humilité, un chemin de conversion permanent. Dieu nous apprend à laisser tomber nos sécurités, nos idées sur ce que doit être « la mission », pour accueillir simplement Sa présence dans le réel. La mission continue de nous transformer, lentement, profondément. Et nous avançons, confiants, dans cette certitude : Dieu est fidèle. Il agit, même dans le silence, même dans l’attente. Et c’est cette Espérance là que nous voulons continuer de partager, jour après jour. « Seigneur, que ma vie soit un petit feu qui éclaire et réchauffe ceux que Vous placez sur ma route. »

Enguerrand et Alix en mission à Placetas à Cuba.

Podcast

Nos anciens volontaires replongent dans leurs souvenirs le temps d’un épisode de podcast à écouter au fond d’un canapé, dans les transports, en cuisine ou ailleurs… À cœur ouvert, ils témoignent de leur mission professionnelle à l’autre bout du monde. Ils vous livrent leurs joies, leurs difficultés mais aussi leurs enseignements. En bref, ils vous racontent tout sur la mission !

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