J'ecoute

Par Marie, coordinatrice de projets auprès de jeunes mamans en précarité, Redençaõ, Brésil

J’entends le bruit du moteur qui démarre. J’entends le brouhaha de la foule. J’entends le vent qui siffle dans les arbres.

J’écoute les confidences de Lara, Laisa et Beatriz. Le cri de ces jeunes filles résonne dans mes oreilles pour tomber dans le creux de mon cœur.

Je ne me contente pas d’entendre. J’écoute.

Lorsque j’écoute, ma relation au monde change. Lorsque j’écoute, il ne s’agit plus d’une seule suite d’ondes sonores, il s’agit d’un cri. Lorsque j’écoute, il ne s’agit pas seulement de prendre acte, il s’agit d’être bousculé.

Mon cœur s’est ouvert. Le cri du pauvre vient me saisir. Je ressens l’amour et son inséparable souffrance. J’avive le désir de servir et je prends en même temps conscience de mon impuissance.

Valait-il mieux seulement entendre ? Entendre, c’est rester sourd. Entendre, c’est pire même que la surdité, c’est rester indifférent. Mon coeur est fermé sur lui-même : aucun sentiment, aucune compassion.

Je peux entendre les bruits du monde, mais puis-je me contenter d’entendre le cri de celui qui souffre ? Suis-je capable de rester indifférente à Roniscleia qui vit à plus d’une dizaine de personnes dans une petite maison mal entretenue, qui a 16 ans, un bébé dans les bras et me demande une poussette que je n’ai pas pour pouvoir reprendre l’école ? Suis-je capable de seulement entendre Emily âgée de 15 ans, enceinte, qui habite seule avec sa soeur dont on a peur d’un risque de prostitution ?

Tu sais que la pauvreté existe dans le monde. Sais-tu aussi que ton voisin souffre d’un cancer, qu’au coin de ta rue vit un homme qui a faim, que sur le quai de la gare une étrangère cherche son chemin ? J’ose provoquer. Si nous ne pouvons aider tous les pauvres, leur vie vient-elle tout au moins toucher véritablement notre cœur ?

De l’écoute naît une blessure de laquelle jaillit notre propre cri.

Celui dont le cœur est blessé, crie sa douleur. J’écoute et dans le même instant, je crie. Je ne crie pas de révolte, de violence, je crie de douleur : Pourquoi Seigneur ? On répète trop souvent que les pourquoi ne mènent à rien. Est-ce parce que nous n’avons pas la réponse, qu’il faut s’empêcher de poser la question ? Bannir les pourquoi revient à supposer que tout est compris. Comprends-tu la souffrance ? Comprends-tu la misère ? Je ne comprends pas pourquoi ces mamans se retrouvent avec ce bébé, joie et fardeau, dans les bras… Je ne comprends pas pourquoi il est si difficile de vivre… Pourquoi l’homme est-il libre ?

Alors je continue d’interroger. Non pas dans l’espoir de recevoir une réponse,
mais pour implorer le secours de celui que je sais Tout-Amour.