Un camp d'ete, avec les enfants des rues

Par Timothée et Tiphaine, volontaires au sein de l’association Anak TNK,
à Manille – Philippines

En mission auprès des enfants des rues à Manille, Timothée et Tiphaine ont emmené les enfants du centre Anak TNK, anciens enfants des rues du bidonville de Manille, pour un joyeux camp d’été au bord de l’eau. L’événement, qui a traditionnellement lieu tous les ans, avait été reporté depuis deux ans, en lien avec les conditions sanitaires. Il était donc fermement attendu par tous les enfants, autant que par leur accompagnateurs ! 420 enfants, 200 membres du staff et 11 jours de camp, l’occasion de découvrir de vrais trésors…

Préparation du Summer Camp, une organisation particulière

Comme un camp scout, mais cette fois-ci un énorme camp scout, la préparation commence des mois à l’avance pour trouver un lieu, préparer les activités. Une équipe d’une vingtaine de staffs se réunissait tous les lundis pour préparer ces 11 jours ! 

UNE ORGANISATION PARTICULIÈRE 

L’organisation philippine est quelque chose de particulier, incompréhensible parfois, imprévisible tout le temps. Décider à 21h d’avancer le départ des cars, alors que le rendez-vous est fixé 6h après en pleine nuit… cela tient du génie. Sans aucune autre excuse que “j’ai pensé que c’était mieux 3h plutôt que 4, alors j’ai appelé la compagnie de car pour avancer.” Le tout pour arriver dans la matinée sur le lieu de camp et n’avoir aucune activité de prévue avant le lendemain ! Plus que l’organisation, c’est peut-être la temporalité qui nous échappe. Nous avons cette habitude de fixer des horaires pour qu’il se passe quelque chose. Or ici, attendre n’est pas un problème, c’est comme ça. Le “Jingle” pour le rassemblement qui sonne à 4h30 du matin à fond les ballons alors que la prière est prévue à 5h30, c’est normal. Mais attendre en rang, assis dans l’herbe à partir de 3h du matin que la musique de rassemblement se lance pour avoir le badge du centre le premier réveillé et au complet, ça c’est fort !

La grande famille TNK

Ce qui nous a le plus marqués pendant ces 11 jours, c’est l’ambiance familiale de la fondation. Elle ne cesse de grandir mais conserve son esprit des débuts, à savoir une grande famille ! Nous étions répartis en équipe de couleur pour les jeux tout au long du camp, et dans chaque équipe étaient mélangés grands, petits, garçons, filles, jeunes avec handicap, staffs, volontaires… Les plus grands aident les plus petits, les jeunes avec handicap sont encouragés lors des jeux, tout le monde participe à sa manière. 

Et puis, bien sûr, les fratries étaient tellement heureuses de passer du temps entres elles. Rolando était si fier de voir Jasmine, sa petite sœur, chanter pendant une veillée ; Jamaica surveillait ses 2 petites sœurs qui sautaient farouchement dans les vagues. Et nous aurions tant d’autres exemples à vous donner. 

Pour les déjeuners et les dîners, nous tournions dans les différents centres. Cela nous a permis d’avoir un moment privilégié avec chaque centre, de voir l’ambiance, de pouvoir discuter avec les staffs et les enfants. Nous avions à chaque fois un accueil privilégié et une séance photo ! 

Les moments mythiques ont été les temps de baignade… Des staffs en gilet de sauvetage délimitaient la zone de baignade et chaque centre avait un temps de baignade bien précis pour que tous puissent aller se baigner pendant la pause. 3,2,1, GO ! Les enfants accouraient de la plage pour plonger dans la mer… Les voir aussi heureux était bien émouvant lorsqu’on pense à
leurs conditions de vie passées dans la rue. Ce camp d’été est une victoire pour les enfants, une respiration. La mission d’ANAK-Tnk est de redonner aux enfants leur âme d’enfant, en effet dans la rue ils ont appris à (sur)vivre. Nous avons été témoins d’un fruit visible de cette mission : le sourire des enfants dans la mer

Le meilleur du Summer Camp

 

BÉNÉDICTION DES CARS :

Comme tous les camps d’été le départ est dans la nuit, et comme à chaque fois, aucun départ ne se fait sans la bénédiction ! Alors, garés en file sur le bord du trottoir, les cars remplis d’enfants attendent que Father les bénisse pour partir. Et lorsqu’il est là, une fois la prière récitée, il parcourt toute l’allée en aspergeant à grandes lancées de bras tous les sièges du car. Pas une banquette ne part sèche, pas un enfant non plus ! 

 

MRS AND MR TNK 2022 :

Pendant chaque camp, un garçon et une fille sont élus Mister et Miss Summer Camp 2022. Élection pour les enfants, mais aussi pour tous les nouveaux staffs arrivés dans l’année. C’est une vraie tradition ici, les Philippins jouent le jeu comme s’ils participaient à Miss Univers et sont à 1000% dedans. 

Il fallait prévoir 2 tenues pour défiler, une casual et une chic. Ça aurait été l’occasion de porter mon smoking en alpaga pour aller au Summer Camp, mais je ne l’avais pas prévu. Nous avions d’ailleurs du présenter avant le camp d’été un talent avant ce fameux défilé : une danse bretonne ! 

Nous avions répété tout un weekend pour être fin prêts pour la sélection. Manque de chance, nous n’avons pas été sélectionnés pour la suite du concours. 

 

DES JEUX A FOISON :

Tout au long du camp, de nombreuses activités étaient organisées dont notamment des jeux. Nous étions impressionnés par la créativité nécessaire pour trouver autant de jeux pour occuper tout ce petit monde avec peu de matériel. Certains jeux se déroulaient sur le lieu de camp tandis que d’autres nécessitent d’être sur la plage et au bord de l’eau. 

Les 12 équipes s’affrontaient tout au long du camp et les Philippins ne rigolent pas avec la compétition, il faut gagner ! Comme nous étions repartis dans les différentes équipes, nous avons pu participer aux jeux et surtout découvrir les caractères des enfants de notre team. Nous n’avions plus nos missions administratives mais plutôt une casquette de grand frère et grande sœur avec les jeunes

Chaque soir était organisée une veillée. Chaque centre s’était préparé pour des petites scénettes : un soir, nous avons eu des danses traditionnelles, un autre des chants, ou encore des mimes avec des gants blancs…

La nuit d'adoration avec les enfants

Parmi les moments forts du Summer Camp, la nuit d’adoration tient la palme. Soirée préférée de Father, annulée lors de la dernière édition à cause de la pluie, cette fois-ci la fondation avait prévu le coup. Trois larges tentes pouvaient abriter les enfants en cas de pluie, et elles ont servi ! 

Après une demi-heure de louange organisée par une partie des plus grands enfants et deux témoignages, le Saint Sacrement s’élance au loin pour mener la procession jusque devant les enfants assis sous la tente. L’encensoir se balance à l’avant du cortège et rythme les pas des servants d’autels qui, portant leurs cierges allumés, ouvrent la voie au Christ. Father tient l’ostensoir à bout de bras et fend la nuit noire avec le Saint Sacrement qu’il vient déposer sur l’autel dans une fumée épaisse. Le ton est donné. Elise qui dirige la chorale lance les chants pour une adoration qui durera jusqu’au petit jour. Les centres se relaieront toute la nuit pour adorer le Seigneur. 

Malgré la pluie qui vient éteindre les petites bougies réparties tout autour de l’autel, malgré le vent et les déconvenues, le Christ est là, bien présent au milieu de nous. Les centres se succèdent, chantent et prient. Du papier est à disposition pour écrire leurs intentions de prières qui seront offertes pendant la messe au lever du jour. Father n’a pas manqué de challenger les plus grands pour qu’ils restent toute la nuit. Cette petite équipe de jeunes permet de gérer les flux d’enfants à moitié endormis, tirés de leur sommeil profond pour venir adorer. 

Et quelle nuit d’adoration ! Les yeux lourds, la chair mordue par le froid et l’humidité de cette nuit d’orage, les enfants viennent s’asseoir tout près du Christ pour prier. Certains se rendorment, mais qu’importe : “Pour faire des opérations, les médecins endorment leurs malades.” écrit la petite Thérèse. Ce qui est important c’est qu’ils soient là, dans le silence de la nuit, dans un cœur à cœur avec le Christ. Nous sommes marqués par cette veillée tant attendue, bousculés par les prières de ces enfants
qui ont bravé l’engourdissement de la nuit pour s’asseoir auprès du Seigneur. 

Vivement l'été prochain !

Ces 11 jours de camp immergés dans la culture philippine nous ont permis de prendre des vrais temps d’échanges avec les enfants, les jeunes et les staffs. Nous étions totalement disponibles pour des moments gratuits avec eux. Nous avons pu re-découvrir certains enfants, apprendre à connaître des staffs que nous n’avions pas l’habitude côtoyer, découvrir les ambiances spécifiques à chaque centre… Nous avons vécu des moments extraordinaires dont on risque de se souvenir longtemps. Vivement le camp d’été 2023 !