La petite fille qui recoltait du manioc

Par Thomas, gestionnaire de projets construction, Luena, Angola

Luena, Angola. C’est dans cette petite ville de brousse, située à près de 15 heures de route de la capitale, que Thomas a été envoyé en mission pour être gestionnaire des projets de construction du diocèse de Moxico. 

Parmi ses nombreuses missions, il est amené à gérer des chantiers de charité, pour venir en aide à des familles dans le besoin.

Sur l’un de ces chantiers, Thomas s’est laissé enseigner par une petite fille…

Je tenais à vous raconter ce moment, qui fut peut-être l’un des plus forts après un an et un mois ici. Avant tout, permettez-moi de vous décrire le décor, afin de vous faire plonger dans la situation.

Je suis à Camanongue (à un peu moins d’une heure de Luena, mon lieu de mission), travaillant sur un projet de charité : la construction d’une maison en adobe pour une famille pauvre ayant six enfants. J’avais eu l’occasion de rencontrer la famille le premier jour, lorsque nous avons débuté le chantier sur place. Malheureusement, ils ne parlaient pas – ou très de peu – le portugais. Ce premier jour tous les jeunes responsable de la paroisse étaient présents, nous étions une petite dizaine pour travailler, c’était un réel plaisir.

Le second et troisième jour, nous ne sommes plus que deux ou trois présents sur place pour travailler, et je m’étonne de ne pas apercevoir le couple pour qui la maison est destinée.

Le quatrième jour, nous sommes quatre travailleurs à nous affairer pour mener à bien ce projet. La famille bénéficiaire n’est pas présente ce jour non plus. Interpellé par cette absence, j’interroge sœur Theresa, responsable du projet. « La famille pour qui nous travaillons cœur et âme pour leur offrir un chez eux se donneront-ils la peine de venir, afin de participer ou simplement  pour être présent sur le terrain de leur future maison ? ». La sœur reste muette, un peu embêtée de ne savoir quoi me répondre.

Quelques heures plus tard, trempé de sueur et fatigué à la fois par l’effort et par la chaleur du soleil, j’interpelle de nouveau sœur Thérésa sur l’absence de la famille :

« Enfin ma sœur, trouvez-vous cela normal ? Réalisent-ils vraiment que cette maison sera pour eux ? Cela vaut-il la peine de construire cette maison pour des gens qui ne semblent pas montrer d’intérêt pour ce projet de charité ni de reconnaissance ? »

Elle me répond simplement avec le sourire que cette maison est destinée avant tout pour les six enfants, pour leur offrir un endroit pour grandir et dormir au chaud.

Quelques minutes plus tard, j’aperçois une petite voisine, âgée de 5 ou 6 ans, pisant sans broncher et avec des mouvements similaires à une danse, le manioc de toute la famille pour pouvoir manger le soir même. Pour avoir tenté moi-même ce travail, je peux vous assurer qu’il y a de quoi se plaindre de la difficulté du travail ! Je suis resté de longues minutes à l’admirer, et elle m’a laissé un peu pensif.

La journée terminée, je rentrais donc chez moi, à 40min de voiture, et le ciel m’offrait un coucher de soleil majestueux. C’est alors que j’ai réalisé, en faisant le point de ma journée, à quel point j’avais été égoïste de réagir ainsi, en perdant patience.

Comment pouvais-je me plaindre alors même que cette mission m’offre tant de merveilles ?

Comment pouvais-je m’énerver intérieurement en espérant que l’on me remercie, alors que c’était simplement à moi de rendre grâce pour chaque moment vécu ici ?

En voyant cette petite fille n’ayant presque rien travailler si durement sans broncher, presque dansante et prenant ce travail comme un jeu, et pourtant apparemment bien plus heureuse, comment arrivais-je encore à me plaindre pour de si petites choses ?

J’ai alors compris le sens du mot « SERVICE ».

Bien plus, j’ai enfin réellement compris le sens de ma mission en tant que volontaire. Offrir sans rien attendre en retour… Ce serait donc bien cela la clé, car il y a bien plus de bonheur à donner qu’à recevoir. 

Finalement, je suis revenu de cette journée un peu honteux de mon comportement, mais avec le cœur en joie après cette journée magnifique, avec en tête tout ce que cette mission et le Seigneur m’offrent et continuent à m’offrir chaque jour.